Économie, affaires, migrants… Ce qu’il faut retenir du grand oral de Fillon

Ce jeudi, François Fillon était présent sur le plateau de L’Émission politique de France 2. Entre les affaires qui touchent le candidat et son programme, les sujets évoqués ont été nombreux.

François Fillon (©FRANCOIS NASCIMBENI)

Quelques jours seulement après le grand débat de lundi soir, François Fillon passait un nouveau grand oral ce jeudi soir sur le plateau de L’Émission politique de France 2. Sans surprise, le candidat de la droite a d’emblée été interrogé sur les différentes affaires qui perturbent sa campagne électorale. S’il a très fermement démenti tout conflit d’intérêt dans le rôle de sa société 2F Conseil dans une rencontre organisée entre Vladimir Poutine, un entrepreneur libanais et le patron de Total, François Fillon a toutefois reconnu des "erreurs", notamment au sujet des costumes offerts par son ami Robert Bourgi. "J’ai eu tort de les accepter, j’ai fait une erreur de jugement", a-t-il déclaré.

Le climat des affaires et les attaques contre lui

Au sujet de toutes ces affaires, François Fillon a tenu à défendre sa probité. "Cela fait deux mois que la presse déverse des torrents de boue. J’ai été élu à 27 ans, cela fait 36 ans que je me consacre à la chose publique. J’ai été maire pendant 18 ans. Y a-t-il eu une seule fois où mon honnêteté a été mise en cause ? Jamais. J’ai été président d’un département puis d’une région. Y a-t-il eu une seule rumeur, une seule affaire ? Jamais. J’ai été ministre pendant plus de dix ans, puis Premier ministre. Y a-t-il eu un seul soupçon d’action de ma part contre l’intérêt général ? Jamais. Et deux mois avant la présidentielle, voilà que je suis devenu un personnage sulfureux, pour tout dire corrompu. C’est une image que me blesse et qui m’a fait penser à Pierre Bérégovoy. J’ai en effet compris comment on peut être amené à cette extrémité", a-t-il dit, faisant référence au suicide de l’ancien Premier ministre en 1993. Dans une tirade extrêmement commentée sur les réseaux sociaux, il a également incriminé François Hollande et l'existence d'un "cabinet noir" à l'Elysée.

La défense et la lutte contre le terrorisme

Après avoir rendu hommage aux victimes de l’attaque récente de Londres, François Fillon a évoqué la lutte contre le terrorisme comme "une guerre qui va durer longtemps". "C’est ce que j’ai appelé le totalitarisme islamiste, un mouvement totalitaire qui ne fait d’ailleurs que se parer de l’islam, mais qui est un mouvement de conquête du pouvoir. C’est une organisation extrêmement puissante. Selon moi, la première des priorités est de l’éradiquer là où elle est en train de faire son nid : au Proche-Orient et dans une partie de l’Afrique. C’est pourquoi je demande une grande coalition mondiale avec tous les États, qu’on les aime ou pas, qui sont capables de se battre à ce niveau-là", a-t-il déclaré. Selon l’ancien Premier ministre, la France n’est pas aujourd’hui capable d’être efficace sur tous les terrains où elle est engagée. "Par rapport à nos capacités militaires, on en fait trop aujourd’hui. Il faudrait que nous soyons épaulés par d’autres pays européens", a-t-il ajouté, appelant notamment l’Allemagne à faire plus que des missions de formation ou de logistique.

Le tour de vis budgétaire des collectivités locales

Alors que François Fillon préconisait une économie de 20 milliards d’euros pour les collectivités locales, il a récemment revu sa copie pour s’en tenir au chiffre de 7,5 milliards d’euros. "Je n’ai jamais dit qu’on baisserait de 20 milliards les dotations. J’ai dit qu’il fallait que la sphère des collectivités dans son ensemble fasse 20 milliards d’économies. Si on veut réduire la dépense publique, l’État doit faire sa part (environ 35%, peut-être plus), le secteur social aussi, mais les collectivités aussi. On s’est mis d’accord sur 7,5 milliards, soit 1,5 milliard par an. Je veux inciter les collectivités à se réorganiser, à se regrouper quand c’est possible, etc. Ils auront une visibilité sur cinq ans de la baisse des dotations, et en échange nous mettrons en place des simplifications des normes, nous supprimerons la réforme des rythmes scolaires et nous leur donnerons plus de libertés", s'est-t-il justifié.

La politique fiscale et économique

En termes économiques, François Fillon a martelé son intention de diminuer les charges sur les entreprises et la fiscalité sur l’investissement. "Si vous réussissez à relancer l’activité économique, vous permettrez à tout le monde d’avoir un emploi, mais il faut bien remettre les choses en place à un moment donné. On n’y arrive pas depuis des années parce qu’on a essayé de faire plaisir à tout le monde et de mettre en place une politique la plus "juste" possible. Résultat des courses : on n’a jamais réussi à faire redémarrer l’économie", a-t-il expliqué. "Il faut créer une dynamique de compétitivité, qui correspond à 40 milliards d’euros de baisses des charges sur les entreprises et sur l’investissement, et faire un effort sur le pouvoir d’achat", ajoute-t-il. Pour lutter contre le chômage, François Fillon souhaite développer des mesures sur les emplois de services à la personne et réformer le statut de travailleur indépendant.

Par ailleurs, dans le cadre d’un échange avec une participante à l’émission au chômage depuis 2013, François Fillon a réaffirmé son souhait de confier aux partenaires sociaux le soin de négocier l’assurance-chômage.

Le cas des migrants et des demandeurs d’asile

Appelé à réagir sur la décision récente du président hongrois Viktor Orban de placer en rétention provisoire tout migrant entrant sur le territoire, François Fillon a confié ne pas y être favorable, "car les migrants ne sont pas des délinquants". "Je suis favorable à ce qu’en France, les demandeurs d’asile soient placés dans des lieux d’accueil où l’on puisse les contrôler et garder un œil sur eux, pour que l’on puisse, lorsque la demande d’asile est refusée, les reconduire dans leur pays", a-t-il toutefois plaidé, regrettant par ailleurs la division des États européens sur cette question suite à la décision d’Angela Merkel d’accueillir de nombreux migrants en Allemagne.

Interpellé par Steeve Briois, maire (FN) d’Hénin-Beaumont, sur la question migratoire, le candidat de la droite a également indiqué être en faveur d’une politique de quotas migratoires. "Avec les quotas, je souhaite organiser chaque année un débat au Parlement sur cette question en fonction des capacités du pays. C’est ce que fait le Canada depuis très longtemps, un pays très démocratique : on adapte le flux des personnes qu’on accueille. Bien sûr, pour les mettre en place, il faut modifier une partie des traités européens, y compris la jurisprudence européenne. Ce ne sera pas facile, mais je m’y engage en tout cas", a-t-il promis.